Murube

Entre Las Cabezas de San Juan et Villamartin, une route épouse avec sensualité les flancs des collines desséchées par le soleil de plomb qui a pesé tout au long de l’été. Aucune voiture à l’horizon. Aucune maison. Un semblant de désert. Au bout de vingt kilomètres, une venta.

Je sors de la voiture, commande un soda. Les dominos claquent sur la table en plastique accolée à la porte d’entrée. Trois hommes passent l’après-midi, ils donnent vie aux heures mortes en martelant de leurs dominos la table et le silence. Ici, il n’y a rien. Il n’y a pas d’horloge. Il n’y a pas d’habitants. Il n’y a pas de temps. Loin de Séville, et proche à la fois, cette région semble perdue au milieu d’un océan de sécheresse. La venta repose au creux d’une vague de terre ocre tel un poisson échoué dans le ventre d’une dune.
Ici, la vie reprend chaque midi, lorsque l’on allume le groupe électrogène qui fourni le bâtiment en électricité. En face, à moins de cinquante mètres, un grand portail s’élève. Il donne accès au majestueux Cortijo Soto Real. 5000 hectares aménagés pour accueillir les touristes les plus aisés dans un hôtel cinq étoiles. L’opulence des richesses fait ici contraste avec la pauvreté de la venta voisine. Deux mondes se côtoient, séparés par la route courbée et déserte, sans jamais se mélanger.
A quelques kilomètres de là, Pepe Murube élève ses taureaux sur les terres de la Cobatilla. En 1970, le père de l’actuel propriétaire décide de fonder sa ganadería en rachetant à la famille Urquijo l’élevage que la famille Murube avait créé en 1851. Indissociables, ces deux familles ont su créer puis maintenir un encaste qui connut ses heures de gloire dans les années 1960. Si les taureaux murubeños sont aujourd’hui lidiés lors de corridas à cheval, Pepe Murube ne cache pas son plaisir lorsque les figuras expriment l’essence du taureau de la Cobatilla.
Dans son jardin de terre, une fois blanche, d’autres fois ocre, Pepe Murube cultive avec pacience un encaste attachant, autant par sa douceur que par l’harmonie de sa morphologie. Crise oblige, quelques vaches seront prochainement évincées du troupeau, ceci permettant par ailleurs de ne conserver que la fine fleur de l’élevage mère.
Quelques jours avant l’indulto sévillan, Pepe invite Jose Mari Manzanares à tienter chez lui. Morante, dont une des propriétés est voisine à la Cobatilla, prévient Jose Mari qu’il viendra lui aussi toréer avec lui. À l’heure du tentadero, aucune trace de Morante. Le ganadero et Jose Mari Manzanares attendent le torero de la puebla… qui n’arrive jamais. L’un et l’autre prennent alors la décision de toréer deux vaches, espérant voir arriver Morante. Après avoir toréé les deux vaches, le ganadero sort une troisième vache, destinée à Morante de la Puebla. Le tentadero terminé, ganadero et torero se dirigent en voiture vers la sortie de la finca en parcourant le long chemin de gravier qui mène jusqu’à l’entrée de la Cobatilla. Là, au pied d’un arbre, ils découvrent Morante. Assis, il s’était arrêté observer le coucher de soleil.
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