De la vie à la vie

La temporada terminée, commodément installés auprès d’une cheminée, nous voilà disposés à nous  remémorer les moments importants de la saison. Les images défilent dans notre tête, certaines s’effacent inexorablement, d’autres se posent un instant. Arrêt sur image.

Marco Leal

Pour ce premier souvenir de la temporada 2011, nous allons nous pencher sur le destin d’un taureau Castaño. Porteur du fer de Dos Hermanas, n°7, lidié par Marco Leal dans les arènes de Rodilhan le 6 Mars lors d’une fiesta campera. Le novillo, le plus harmonieux de la matinée, eut un comportement assez déroutant puisqu’il ne se laissa approcher capote en main avant de se livrer avec classe et allégresse dans la muleta du torero arlésien. Il ne se livra, en effet, qu’à partir du dernier tiers.

Le souvenir sur lequel je tiens à m’attarder est autre que le combat du novillo dans les arènes gardoises. Une après-midi du mois de septembre, lorsque le soleil commençait à tomber sur la vallée des Baux de Provence, je longeais l’ample marécage qui constitue la partie nord de la propriété de Patrick Laugier. Un froissement sec d’herbes attira mon attention. Mon regard se tourna alors vers les joncs d’où provenait le bruit. Après quelques secondes confuses, je vis apparaître, telle une peinture, un puissant novillo Castaño. Sérieux dans son attitude, seigneur en ces terres, il nous défia un long instant. Son regard brillait d’une douce lueur automnale à travers les joncs d’un vert profond. Le temps sembla se suspendre, tout comme nos pensées respectives. Son regard et mon regard étaient comme happés par un flux joignant l’un et l’autre. Fusion et fission, regards et passions.

Il haussa la tête et fit un pas vers l’avant. Lentement, il se faufila entre les joncs apparaissant un moment, puis s’effaçant brusquement, au rythme d’un tic-tac inaudible, imperceptible. Un instant, j’avais eu la sensation de vivre avec lui, de vivre dans son territoire, d’être englobé dans son univers, non plus comme étranger, mais bel et bien comme élément du paysage. Du voyant, j’étais devenu vu, du regardant j’étais devenu regardé.

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