Samuel Flores ou le paradoxe de la grandeur

El Palomar

                Sur les flancs des collines ocres d’Alcaraz les taureaux de Samuel Flores paissent avec une tranquillité qui leur est caractéristique. Dans son immense propriété, aux allures de royaume, Samuel Flores poursuit l’aventure ganadera débutée il y a  deux siècles par sa famille, entouré de ses fils Carlos et Samuel. Deuxième propriétaire terrien en Espagne, il soigne avec tendresse des taureaux d’une beauté unique. Imposants et sérieux, les taureaux nés sur les terres d’El Palomar conservent la pureté du sang Ybarreño.

Finca El Palomar

Le fer de Samuel Flores a connu ses heures glorieuses dans les années 1990 lorsqu’il remportait chaque année le prix du meilleur taureau de la Feria de San Isidro ou bien celui de la meilleure corrida. Après un récent déclin, l’éleveur manchego tente de sauver lentement la prestigieuse ganaderia, comme le démontrent quelques taureaux excellents lidiés à Mont de Marsan en 2009 (Chiquillon-15, lidié par El Cid) ou à Albacete (Tomillero-63, lidié par Daniel Luque).

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Les vestiges des Vazqueños et la consolidation Ybarreña

Navajito, n° 64

La ganaderia de Manuela Agustina López Flores, dont les exemplaires sont aujourd’hui encore marqués du fer « F », est à l’origine de l’histoire ganadera de la famille manchega lorsque celle-ci fait l’acquisition de bétail d’origine Jijón. En 1926, le grand oncle de l’actuel propriétaire et son arrière grand-père décident d’éliminer vaches et sementales Jijón.

Eduardo Ybarra (Source : http://larazonincorporea.blogspot.com)

En 1882, Don Eduardo Ybarra achète à Joaquin Murube une partie de son élevage provenant de la rame Vistahermosa qui est aujourd’hui à l’origine de la grande majorité des ganaderias contemporaines. En 1903, il vend la moitié de sa ganaderia à Fernando Parladé qui ne lidiera que deux camadas avant de vendre à nouveau l’élevage à Gamero Civico. C’est en 1926 que la famille Flores fait l’acquisition du quart de la ganaderia appartenant à Gamero Civico.

Conservé dans son intégrité, le sang Ybarra qui coule aujourd’hui dans les veines des taureaux du Palomar, qui durant longtemps furent élevés à Los Alarcones, une autre finca située à Andujar et appartenant à la famille, a connu ses heures de gloire mais aussi des moments plus douloureux. En effet, en 1966 la ganaderia commence à fléchir. Le départ du mayoral et un mauvais choix au niveau des sementales ont eu des conséquences dramatiques pour l’élevage. A 19 ans, Samuel Flores prend les rênes de l’élevage et assume le défi : remettre à flot le navire.  Dans les années 1970-1980, plusieurs corridas lidiées à Madrid laissent présager une récupération rapide. En 1971, un taureau est primé d’une vuelta al ruedo à Madrid, au cours d’une grande corrida toréée par Antonio Bienvenida, Andrés Vázquez y Curro Rivera. En 1981, Paquirri affronte Garcito, lui aussi honoré d’un tour de piste posthume, lors de la corrida de Bienfaisance.

Navajito, n° 64

En 1989, 1990 puis en 1991, Samuel Flores voit son travail récompensé. Plusieurs corridas remportent un énorme succès auprès de l’afición madrilène, comme le démontre la sortie en triomphe de l’éleveur en compagnie d’Ortega Cano et de Cesar Rincón, qui coupèrent à eux deux un total de six pavillons.  Au cours de cette décennie, qui représentera l’apogée de la ganadería, plusieurs lots de taureaux marqueront l’histoire.

Corrida de Bienfaisance de 1991

  • 1990 : La corrida de San Isidro, meilleure corrida de la Feria.
  • 1991 : Corrida de Bienfaisance. Ortega Cano et Cesar Rincon coupent trois oreilles chacun et sortent en triomphe avec Samuel Flores.
  • 1992 : Enrique Ponce coupe deux oreilles à Molino et sort en triomphe.
  • 1995 : Meilleure corrida de la feria
  • 1996 : Après midi connue comme étant la « tarde de quites ». Face à Cuernos Torpes, Enrique Ponce et Joselito réalisent six quites.  (cliquer ICI pour regarder la video de cette tarde d’exception)
  • 1998 : Javier Vázquez triomphe avec Piterito.
  • 1999: Vicente Barrera triomphe avec Flanero
  • Cette même année de 1999 a lieu la corrida historique de Dax où sont coupées 11 oreilles et une queue.

De nombreux sementales ont participé à ces triomphes. Nous les découvrirons lors du prochain article, dans lequel nous vous présenterons la camada lidiée en 2011, les lots de vaches.

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L’empire des Samueles

Lac du Palomar

El Palomar et la camada de machos

Entre Alcarraz et Povedilla, la famille Flores a construit un empire qu’elle domine avec intelligence et avec soin. Si l’aîné des enfants, Samuel fils s’occupe de la ganaderia avec son père, Carlos Flores s’occupe de l’administration des entreprises que possède la famille. Tous sont aficionados practicos, comme le fut le père lorsqu’il toréait le festival qu’il organise dans les arènes de Povedilla chaque année. Samuel Flores a su investir dans les énergies renouvelables alors que celles-ci venaient à peine d’émerger. Il a peuplé certaines propriétés d’oliviers alors que d’autres sont aménagées pour accueillir panneaux solaires et éolienne.

Après avoir rapatrié les mâles qui passaient dans la finca de sa mère, Los Alarcones, Samuel a créé un immense lac au pied des montagnes dont il est le propriétaire, à quelques pas de sa résidence. Là, des groupes scolaires découvrent l’été les beautés de la nature castillane. Riche d’une faune et d’une flore uniques, la propriété d’El Palomar s’étend sur plusieurs milliers d’hectares, entre Albacete et Jaen. Sur ces terres se trouve le Chateau de Montizon, qui donne le nom au troisième fer de la famille : Castillo de Montizon, dont les exemplaires sont lidiés en novilladas sans picadors et en festival. Garzagrande et Guardamontes, tous deux porteurs du fer à la forme d’un château, ont récemment été honorés d’une vuelta posthume le 16 septembre dernier, lors d’un festival.

Castillo de Montizon (http://www.guadalinfo.es)

Samuel Flores, lors d'un Festival à Povedilla

Le paradoxe de la grandeur (II-Samuel Flores)


Garzachico lidié à Madrid et le 27, exhibé à Vilavella

                   Sur les flancs d’ocres ds monts d’Alcarraz, verdis par le printemps naissant, résonne silencieusement le chant du seigneur. Devant moi, droit et immobile comme une statue, il tient fièrement deux longues cornes blanches, fines et effilées, dirigées vers le ciel comme un roi tendrait une épée vers le ciel. Le regard profondément sérieux de Garzachico attire mon regard, il fige mon attention sur ces deux perles brillantes. Le soleil s’élève peu à peu, et les yeux s’attendrissent lentement.

                Garzachico est imposant. Il est l’emblème du taureau de Samuel, de celui que Madrid applaudit lorsqu’il entre en piste, et qu’il siffle à sa sortie. Si les Samuel Flores, de par leur origine Gamero Cívico, ont toujours eu une présence incroyablement imposante, les mentalités ont influencé les choix de l’éleveur d’Albacete, comme ce fut le cas dans la grande majorité des ganaderias. Augmenter le trapío du taureau était devenu une nécessité afin de pouvoir lidier dans les arènes de première importance.

A ses côté, un splendide taureau noir, plus rond et plus bas, plus harmonieux et aux contours plus doux. Il porte le numéro 27. S’il était d’une morphologie agréable, il ne fut lidié dans une arène. Ne trouvant preneur, un jour d’Août, il fut embarqué en direction de VilaVella. Dans les rues de la ville, il défia les jeunes hommes qui tentèrent de l’approcher. Personne ne saura ce qu’il aurait pu réaliser en piste, puisque c’est son frère de camada Garzachico qui fut choisi par les veedores. Le 29 mai 2011, il fut toréé par César Jiménez dans les arènes de Madrid. L’immense colorado, dénué de race, fut sifflé à l’arrastre, exprimant ainsi le paradoxe de la grandeur…

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A la reconquête du prestige perdu (III)

                A la reconquête du prestige perdu

Semental Garza-14

Après avoir dû abattre de nombreuses vaches dans les années 2000 à cause de la tuberculose, qui s’était rapidement propagée à travers la cohabitation du taureau avec les cerfs qui peuplent la propriété, Samuel Flores tente de remettre l’imposant bateau à flot. Avec patience, il sélectionne un taureau qui se rapproche du taureau élevé au début du siècle dernier par Ybarra.

                Sous le ciel gris du mois de février, les sementales contrastés (confirmés) et jeunes mâles que l’on tientera prochainement se reposent. Pendant que d’autres couvrent dores et déjà les différents lots de vaches préparés par Samuel Flores, ceux-ci attendent leur tour. La diversité morphologique laisse sous-entendre le propos de l’éleveur : Tout en respectant les caractéristiques zootechniques du taureau Ybarreño, Samuel Flores prétend élever un taureau bas, sérieux et harmonieux. L’harmonie ne peut acquérir aucune autonomie puisqu’elle conjugue le désir d’un éleveur à l’héritage génétique et morphologique de l’élevage dont il est le propriétaire.

                L’impressionnante présence du semental 14 G-4 marque le type du taureau élevé sur les terres du Palomar. Imposant, long et sérieusement armé, il dénote son origine Ybarreña. Nombreux sont les exemplaires noirs et chorreados chez Samuel Flores. Quelques colorados viennent colorer l’ensemble. Ils sont généralement badanudos, c’est-à-dire qu’ils possèdent un fanon extrêmement proéminant.

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                L’heureuse descendance

Azucena-36                Le choix des sementales, nous le savons, a une incidence indéniable sur l’évolution du comportement et de la morphologie des animaux élevés. Dans la reconquête du prestige de la ganadería entreprise par Samuel Flores et par ses fils, plusieurs sementales ont participé à la reconstruction des bases fondamentales sur lesquelles repose l’équilibre actuel de l’élevage. Parmi eux, Desconocido-16, qui marqua un tournant décisif dans l’histoire de l’élevage d’Albacete. En effet, il fut le père du taureau Azucena-36 (G.98), le semental emblématique à partir duquel la ganaderia commença se reconstruire. Il est le père de la grande majorité des sementales aujourd’hui utilisés sur les terres du Palomar.

Desconocido nº 16-Semental (Archive 6Toros6)

Azucena nº 36 (Source : Alberto Alvarez)

Rencontre avec Leandro (I) : Le miroir des deux mondes

Rencontre avec Leandro

« Los ojos son el espejo del alma »

     Il est souvent une tache ardue pour un torero d’expliquer précisément ce qu’il ressent lorsqu’il revêt le costume de lumières, peut-être parce qu’en un laps de temps réduit, une foule de sentiments déboule dans les veines de l’artiste, se disloque pour ensuite s’emmêler inlassablement. Faire une lecture claire d’un tel tsunami d’émotions est peut-être aussi une entreprise relevant de l’utopie. Le torero est un aventurier, un bohème aux idées claires, en quête de soi-même, cherchant au plus profond de son âme sa nature la plus sincère. Comment pourrait-il refuser de tenter ce défie ? Capable d’affronter un animal brave, un souffle tonitruant, se tournerait-il le dos à lui-même?

     Si l’Andalousie est depuis toujours le berceau de la tauromachie, si elle a choyé les artistes les plus importants que la monde taurin ai connus, d’autres terres sont elles aussi propices à l’éclosion de joyaux, et elles le démontrent au fil du temps.

Valladolid, situé au nord-ouest de Madrid, est une de ces terres qui, discrètement, fait apparaître sur la planète des taureaux des toreros dénommés artistes si tant est que l’on puisse emprunter ce terme. Après Manolo Sanchez et David Luguillano, c’est au tour de Leandro de capter l’attention des professionnels taurins et des aficionados sensibles. Souvent marginalisés et dévalorisés par rapport aux autres matadors de toros, les dénommés toreros-artistes peinent à s’imposer dans le circuit de premier plan. Pourtant, lorsque l’on tente de tout classifier, l’unité méprisée perd son sens et sa valeur. Or, tout artiste se doit d’être considéré dans son unité, dans son entité et dans sa plénitude, faute de quoi incohérences et incompréhensions plongent notre vision de l’art dans un terrible  brouillard. Tout d’abord car l’art est une réalisation de soi et non d’autrui. D’autre part, car si l’on considère que la tauromachie est un art, pourrait il y avoir des toreros-artistes et d’autres non-artistes dans la réalisation de leur art ? Évidemment non. Cette terminologie aujourd’hui obsolète se doit d’être rénovée.

Si l’on trouve d’un côté des toreros peu orthodoxes dans la pratique de leur art, d’autres tentent de répondre avec le plus de rigueur aux normes éthiques sans pour autant dénaturer l’essence même de leur art. Alors que certains vont au-delà de ces normes, d’autres s’en accommodent et les suivent comme s’il s’agissait de repères célestes scintillants. Tradition et hétérodoxie partagent un même espace, elles se côtoient et s’embrassent sans pour autant se fondre l’une à l’autre puisqu’elles sont incompatibles. Cependant, plus l’une se rapproche de l’autre, plus les cas sont intéressants et rares.

Leandro fait partie de ces toreros à l’extrême sensibilité et à l’humble finesse qui s’attachent à suivre ces étoiles qui les guident. Sa tauromachie attachante et fragile, fertile et consistante, fait de lui le parfait aventurier pour relever le défie que nous proposions et qui doit le conduire jusqu’à lui-même, telle une introspection artistique et émotionnelle. Accompagnons-le dans cette quête.

Los ojos son el espejo del alma

      Ses yeux profondément sombres se laissèrent alors envahir par un épais manteau chargé d’une brume épaisse, terne et suave. Ce voile de mélancolie se propagea alors sur ses joues aux tonalités de caramel et son corps sembla se laisser fondre comme s’il s’engouffrait au creux de la serpentine d’un coquillage. Un larme vint fleurir le coin de chacun de ses yeux. D’une voix entrecoupée il repris : « Oui, mon grand-père Fermín a énormément compté dans ma vie, de par sa manière d’être. C’était un grand artiste…- un court silence s’installe entre ses lèvres desséchées- mais aussi pour l’éducation qu’il m’inculqua. Il s’en est allé bien trop tôt, alors qu’il vivait  pleinement les prémices de ma carrière, mais je sais aujourd’hui qu’il m’accompagne à chaque instant. Il eut une grande influence dans ma manière d’être, dans les valeurs qu’il m’a transmis. » La voix s’éveilla, ravivée par le souvenir d’un grand-père artiste. Elle accompagna l’opiniâtreté du rayon qui perçait alors le voile brumeux recouvrant les pupilles de Leandro. Puis il ajouta : « Je n’avais aucun antécédent taurin dans ma famille. Mon grand-père et mon oncle me menaient avec eux dans les fêtes de villages. Après les courses de taureaux qui se déroulaient dans les rues, ils se réunissaient avec leurs amis dans des tavernes où ils chantaient du flamenco toute la nuit durant. Je me souviens avoir cinq ou six ans, et m’endormir blotti au creux d’une couverture que m’avait donné mon grandpère, tout en les écoutant chanter ». Ce flamenco, qui a bercé ses nuits d’enfance, transparaît timidement à travers la tauromachie de Leandro. Lorsque la ceinture accompagne lentement le mouvement du bras et que le menton se blottit contre la poitrine du torero, la charge allègre du taureau vibre avec la profondeur mystérieuse d’un chant profond flamenco. L’écrivain espagnol José Bergamín se plaisait à parler d’une musique silencieuse de la tauromachie, une « musique pour les yeux de l’âme et pour l’ouïe du coeur ». Étrangement, pour Leandro il s’agirait une musique chargée de nostalgie, peut-être même une musique de l’oubli.

    « Souvent, nous évoquons avec d’autres toreros ces moments d’abandon total, ces moments où notre oeuvre approche la perfection et où nos sentiments jaillissent en piste. » Entre corporéité et transcendance, la tauromachie telle que la définit Leandro se situe à mi-chemin entre rêve et réalité. « Lorsque l’on s’entraine et que l’on ‘torée de salon’, on tente de se retrouver soi-même afin de pouvoir répéter cela plus naturellement en piste. La tauromachie est, sans aucun doute, le reflet de l’âme du torero. Ma manière de toréer est le reflet de ce que je suis et du produit que je souhaite obtenir. Si ce n’était pas le cas, je ne serais pas heureux et je trahirais mon concept.» Leandro observe alors une pause et ajoute : « Il est difficile d’identifier comment s’effectue le transfert d’émotions émanant de l’intimité même du torero lors de ces moments d’abandon. Notre création est guidée par des stimulis qui surgissent sur le moment. » Une sensation de liberté et de bien-être, elle aussi paradoxale, semble s’emparer du créateur. Paradoxale car le torero se trouve face à un taureau dont la bravoure met sa vie en danger, suspendue au bout de deux cornes. « Lorsque l’on se relâche, on perd la notion du temps, de sensibilité, de souffrance… on se retrouve tout seul. C’est un amas de sensations que je ne saurais décrire avec précision. C’est dans ces moments de solitude que nous parvenons à produire la tauromachie la plus pure. Alors on parvient à oublier que l’on a un corps, que face celui-ci se trouve un taureau et qu’autour de nous un public nous observe. Durant cette faena, si le taureau te surprend, tu retrouves alors tes esprits, comme si l’animal te disait : « Reviens, car ceci n’est pas la réalité. En définitive, on pourrait comparer la tauromachie à un rêve, un rêve où le serait à moitié-éveillé, une rêve que l’on pourrait modeler. On aimerait le mener à  bon port mais on sait qu’il ne s’agit que d’un rêve. C’est certainement la raison pour laquelle il nous est impossible d’atteindre l’oeuvre parfaite. Une fois la faena achevée, nous revenons à la réalisé et nous pensons. Que se serait-il passé si nous avions suivi une autre direction ? »

Entre absence et corporéité, la tauromachie serait à certains moments un art à la fois matériel, mouvent et immatériel puisque y prédominent le rêve, l’âme et les sentiments.


Leandro II : Deux amis au corps meurtri

Deux amis au corps meurtri

     En 1939, Michel Leiris intitulait la préface de son oeuvre principale L’âge d’homme en établissant une parallèle entre tauromachie et littérature de la manière suivante: De la littérature considérée comme une tauromachie. « Le matador qui tire du danger couru occasion d’être plus brillant que jamais et montre toute la qualité de son style à l’instant qu’il est le plus menacé : voilà ce qui m’émerveillait, voilà ce que je voulais être. » De la sorte il témoignait avec justesse des interférences palpables se jouant entre deux domaines bien définis, celui de la tauromachie et celui de la littérature. Ainsi abordées, ces interférences peuvent aussi être observées depuis un optique contraire. Effectivement, la tauromachie peut être considérée comme une littérature, et les raisons ne manquent pas. Tout d’abord car le torero effectue une lecture constante du comportement de son adversaire, comportement qui change au cours de la faena, qui surprend son lecteur et qui l’invite à le suivre entre les différentes tensions qui le conduisent vers un climax final que représenterait la mise à mort. « Un torero est un bohème aux idées claires. – ajoute Leandro en levant le regard vers une petite fenêtre protégée pars des grilles vertes.- Il pourrait être comparé à un poète ou bien à un peintre car à travers une plume, un pinceau ou une cape chacun exprime ce qu’il ressent au plus profond de son âme. La différence qui démarque la tauromachie des autres types d’expression artistique réside en l’accompagnement de l’oeuvre par un taureau. » Pour Leandro, et pour bien d’autres toreros, le taureau n’est autre qu’un ami, en aucun cas un ennemi. Idées certainement peu concevables pour un monde taurin prônant l’idée du combat, mais idées clairement évoquées par la majorité des toreros contemporains. Le moment semble être venu pour redéfinir l’essence du spectacle taurin en prenant en compte la conception de cet art qu’ont les artistes qui en sont à l’origine.

Sur les murs rosés composant un portail intérieur, situé au centre du patio conservant la fraîcheur rosée de la nuit, une plaque de bronze. Y figure Don Quichotte, armé de sa lance, pointée en direction d’un moulin. À l’intérieur de l’édifice construit au XVIIème siècle, Leandro s’approprie l’espace qu’il découvre. Il se trouve dans la maison où Miguel de Cervantes écrivit les derniers chapitres de son immense oeuvre. À la croisée des arts, la tauromachie semble se ressourcer dans de nombreux espaces culturels. La tauromachie de Leandro tiendrait de Cervantes la finesse et la carté, la délicatesse et l’intensité féconde de sa prose. Entre les murs de brique de la demeure, Leandro me confie que son entourage professionnel, il surnommerait Leandro ‘El Dalí del toreo’, le Dalí de la tauromachie.

Miguel de Cervantes s’était déplacé à Valladolid, suivant la cour du roi, pour une courte durée. Il vécut ainsi durant quatre années sur les rives du Pisuerga.

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De campo por Toledo : Notes de voyage

Cathédrale de Toledo

        Tolède, princesse posée sur un caillou. La ville impériale, qui accueillit le règne de Carlos I au XVIème siècle. Tolède, la ville des trois cultures. Maure, Arabe et chrétienne, Tolède est majestueuse. Non loin d’elle, ses monts dans lesquels sont nichées quelques-unes des ganadérias de taureaux braves les plus importantes du panorama actuel.

Sur les chemins de la gloire : Paco Medina et son invention El Montecillo

        Au pied des monts qu’il connait par cœur, Paco Medina supervise les travaux d’aménagement des corrales attenants à la placita de tienta. Inventeur surdoué, de la ganaderia d’El Ventorillo (que nous visiterons demain) qu’il a vendue à Fidel San Roman, Paco Medina a construit sa nouvelle ganaderia (El Montecillo) à partir de 60 vaches de son ancien élevage puis en récupérant quelques vaches sans tienter, filles de celles qu’il avait vendu à plusieurs ganaderos castillans (au Conde de Mayalde, à Sotillo Guttierez).

Taureaux d'El Montecillo pour Madrid

Opération intelligente, puisque cela lui a permis de rafraîchir son élevage tout en appliquant lui-même ses critères de sélection lors des tientas postérieures réalisées dans la finca El Montecillo. Nous présenterons prochainement, à l’occasion d’un reportage thématique les taureaux spectaculaires du Montecillo qui seront lidiés cette année à Madrid et dans une arène des Choperas (certainement Santander).

Taureau de Montecillo pour Madrid

Coucher de soleil sur El Castañar

L’or de Tolède

Le soleil se couche sur El Castañar. Les vaches issues du croisement Contreras-Ventorillo sont éclairées d’une lumière splendide qui donne un aspect unique à la scène. Au fond, la chapelle de la propriété coupe l’horizon. Sur la droite, le château construit par José Finat, ancien maire de Madrid, brille intensément, entre les pins qui l’entourent.

        

Rafael Finat, actuel Conde de Mayalde et ganadero fait le tour de sa camada de vaches. Le novillo sardo, provenant directement de la lignée de Ventorillo (Juan
Pedro Domecq) récemment tienté par Uceda Leal couvre ses premières vaches. A l’occasion de ce reportage, nous découvrirons l’environnement dans lequel Rafael Finat élève ses taureaux ainsi que l’histoire du fameux Chorlito lidié dans les arènes d’Arles en Septembre 2011, qui remporta le prix du meilleur taureau.

Nous découvrirons ses frères de père avant de présenter la corrida qui sera lidiée dans les arènes d’Arles lors de la prochaine féria de Pâques.

Demain, nous nous rendrons sur les terres de Los Yébenes afin de découvrir la camada d’El Ventorillo. A très bientôt pour de nouvelles notes de campo.

Coucher de soleil chez le Conde de Mayalde. Chapelle en fond