Leandro II : Deux amis au corps meurtri

Deux amis au corps meurtri

     En 1939, Michel Leiris intitulait la préface de son oeuvre principale L’âge d’homme en établissant une parallèle entre tauromachie et littérature de la manière suivante: De la littérature considérée comme une tauromachie. « Le matador qui tire du danger couru occasion d’être plus brillant que jamais et montre toute la qualité de son style à l’instant qu’il est le plus menacé : voilà ce qui m’émerveillait, voilà ce que je voulais être. » De la sorte il témoignait avec justesse des interférences palpables se jouant entre deux domaines bien définis, celui de la tauromachie et celui de la littérature. Ainsi abordées, ces interférences peuvent aussi être observées depuis un optique contraire. Effectivement, la tauromachie peut être considérée comme une littérature, et les raisons ne manquent pas. Tout d’abord car le torero effectue une lecture constante du comportement de son adversaire, comportement qui change au cours de la faena, qui surprend son lecteur et qui l’invite à le suivre entre les différentes tensions qui le conduisent vers un climax final que représenterait la mise à mort. « Un torero est un bohème aux idées claires. – ajoute Leandro en levant le regard vers une petite fenêtre protégée pars des grilles vertes.- Il pourrait être comparé à un poète ou bien à un peintre car à travers une plume, un pinceau ou une cape chacun exprime ce qu’il ressent au plus profond de son âme. La différence qui démarque la tauromachie des autres types d’expression artistique réside en l’accompagnement de l’oeuvre par un taureau. » Pour Leandro, et pour bien d’autres toreros, le taureau n’est autre qu’un ami, en aucun cas un ennemi. Idées certainement peu concevables pour un monde taurin prônant l’idée du combat, mais idées clairement évoquées par la majorité des toreros contemporains. Le moment semble être venu pour redéfinir l’essence du spectacle taurin en prenant en compte la conception de cet art qu’ont les artistes qui en sont à l’origine.

Sur les murs rosés composant un portail intérieur, situé au centre du patio conservant la fraîcheur rosée de la nuit, une plaque de bronze. Y figure Don Quichotte, armé de sa lance, pointée en direction d’un moulin. À l’intérieur de l’édifice construit au XVIIème siècle, Leandro s’approprie l’espace qu’il découvre. Il se trouve dans la maison où Miguel de Cervantes écrivit les derniers chapitres de son immense oeuvre. À la croisée des arts, la tauromachie semble se ressourcer dans de nombreux espaces culturels. La tauromachie de Leandro tiendrait de Cervantes la finesse et la carté, la délicatesse et l’intensité féconde de sa prose. Entre les murs de brique de la demeure, Leandro me confie que son entourage professionnel, il surnommerait Leandro ‘El Dalí del toreo’, le Dalí de la tauromachie.

Miguel de Cervantes s’était déplacé à Valladolid, suivant la cour du roi, pour une courte durée. Il vécut ainsi durant quatre années sur les rives du Pisuerga.

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