L’épopée de Maravilla : entre histoire et légende

Deux taureaux des Frères Tardieu dont un descendant de Maravilla-34 ?

Deux taureaux des Frères Tardieu dont un descendant de Maravilla-34 ?

Taureau berrendo des frères Tardieu

Taureau berrendo des frères Tardieu

  L’histoire, contée par Pierre Dupuy, signale qu’un certain taureau originellement destiné à être combattu dans les arènes de Marseille nommé Maravilla-34 (merveille), appartenant selon l’auteur à la ganadería salmantine d’Argimiro Pérez Tabernero, qui n’était autre que le frère de Graciliano Pérez Tabernero, aurait couvert bon nombre de vaches, braves ou croisées, paissant en terres camarguaises. Pourtant, ce taureau ne portait pas le fer d’Argimiro Pérez Tabernerno mais bien celui de l’élevage de Dionisio Rodriguez. En les couvrant, Maravilla-34 aurait engendré, si l’on en croit les propos de Pierre Dupuy, la prolifération des pelages berrendo en negro et berrendo en colorado (tacheté) dans les élevages français. C’est ainsi que l’on retrouve aujourd’hui encore des descendants de ce fameux taureau, en particulier dans l’élevage des frères Tardieu.

     Pourtant, une partie de l’histoire du taureau Maravilla-34 est restée occulte et il convient, semble-t-il, de dévoiler ce qui fut, sans aucun doute, l’une des rencontres les plus émouvantes de l’histoire de la tauromachie phocéenne. Maravilla-34 était un petit taureau noir. Malgré sa taille, il savait se faire respecter parmi les siens, au cœur de son environnement naturel, et il ne perdait pour rien au monde l’occasion de se battre avec ses frères de camada à tel point que l’on dut un jour trouver l’opportunité de le faire combattre afin d’éviter qu’il ne continuât pas à blesser ses congénères lors des querelles qui l’opposaient constamment à eux. Ainsi, Maravilla-34 quitta les prairies salmantines et, un beau jour du mois d’avril 1957  il prit la direction de Marseille où il devait être combattu le 12 mai.

Maravilla combattant ses frères de camada en terres salmantines

Maravilla combattant ses frères de camada en terres salmantines

    Écarté du lot, il fut désigné comme sobrero afin qu’il remplaçât un de ses frères de camada si l’un d’entre eux venait à se blesser au cours de l’après-midi. Celle-ci se déroula normalement, malgré la blessure d’Antoñete qui entraina la prise en charge de la lidia de quatre taureaux par Solanito, lequel coupa un total de deux oreilles, et Maravilla put continuer paisiblement son séjour en terres marseillaises, dans l’attente d’être un jour utilisé comme sobrero et toréé dans les arènes du Parc Borély. Cependant, son aventure provençale allait être profondément marquée par la relation d’amitié qu’il parvint à établir avec Emilio Lopez Aranda ‘Puertamoros’, un banderillero madrilène qui vivait alors à Marseille et qui exerçait dans les arènes de la ville comme mayoral de celles-ci.

Emilio Lopez "Puerta Moros" et son ami, Maravilla.

Emilio Lopez « Puerta Moros » et son ami, Maravilla.

Des mois durant, Emilio López, que l’on surnommait alors « Puerta Moros », vînt lui apporter quotidiennement sa nourriture et, à force côtoyer l’animal, Emilio devint son ami. L’affection que l’homme avait pour Maravilla-34 et le respect que le taureau avait pour son ami était tels que les deux complices étaient devenus célèbres auprès des aficionados et des non-aficionados de la ville. Nombreux étaient ceux qui, intrigués, se rendaient aux arènes de Marseille afin d’observer les étranges moments de complicité que partageaient les deux amis dans les corrales des arènes du Parc Borély.

    Durant cet été de 1957, Maravilla vécut paisiblement dans cet espace clos alors que de nombreux matadors désiraient combattre le taureau de Dionisio Rodriguez à la place d’autres adversaires plus incommodes. L’empresario des arènes, Jordá, se refusa catégoriquement à faire combattre l’animal et, à la fin de la temporada, il lui permit de rejoindre les prairies marécageuses de la Camargue. Si son séjour en terres camarguaises reste relativement occulte, Pierre Dupuy assure qu’une grande partie des taureaux berrendos que l’on retrouve aujourd’hui dans nos ganaderías françaises descend de cette fameuse « merveille ».

   L’épopée de Maravilla-34 ne s’arrêta pas là. En effet, le 12 octobre de l’année suivante, l’empresario Vicente Jordá organisa une nouvelle corrida lors de laquelle Redondo, Carra et Curro Montes combattirent un lot de l’élevage originaire de la province de Jaén, Ortega Casado. A l’issue de cette corrida, le rejoneador français Charles Fidani devait combattre un exemplaire de l’élevage de Pérez de la Concha. Celui-ci ne se prêta pas à la lidia tellement il fut couard, raison pour laquelle il fut renvoyé aux corrales et fut lidié le fameux taureau Maravilla.

Charles Fidani combattant Maravilla à Marseille en octobre 1957

Charles Fidani combattant Maravilla à Marseille en octobre 1957

     Emilio López offrit un récit, à la revue El Ruedo, de la lidia de ce merveilleux taureau, récit qu’il convient ici de reproduire.

« L’émotion était telle que lorsque sortit Merveille, je n’ai pu lui clouer la devise sur le dos. Je demandai alors au señor Ramos, qui était à mon côté, de le faire à ma place, mais celui-ci n’y parvint pas, peut-être parce qu’il ne voulut point blesser ma sensibilité. Merveille sortit du toril lentement et quand il vit le cheval du rejoneador, sans que celui-ci ne le provoque, il chargea avec force et allégresse, poursuivant la queue du cheval en levant la sienne en l’air. Lorsque Fidani cloua le premier rejón, Merveille attaqua à nouveau de loin avec une extraordinaire vivacité. Le torero à cheval esquiva la charge du taureau puis, se dirigeant vers le centre, poursuivi par le taureau, il tomba et Merveille longea le corps du cheval de sa corne. Miraculeusement, un capote vint éviter la tragédie.

Avec quelle allégresse suivait-il les envols du capote des banderilleros ! Il chargeait tout en douceur et se soumettait merveilleusement, trainant son museau contre le sol, que ce soit en chargeant avec une corne ou avec l’autre, sans jamais abandonner la bataille, sans donner le moindre coup de tête ! Quel taureau !

Le rejoneador changea de cheval et à ce moment-là, le taureau, resté seul au centre de la piste, leva majestueusement la tête et il fit face au public tout en faisant, d’un air provocateur, un tour complet sur lui-même. Je me souviendrai tout ma vie, la larme à l’œil, de cette image. »

    Après avoir changé de cheval, le rejoneador français cloua une épée qui scella le sort du merveilleux taureau de Dionisio Rodriguez. Un taureau qui marqua l’histoire taurine de Marseille et qui teignit le campo bravo français pour toujours.

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3 réponses à “L’épopée de Maravilla : entre histoire et légende

  1. Muy bonita la historia de Maravilla pero mas que de argimiro esos pelajes proceden de la epoca que fernando pereira palha lidiaba en el sur de francia. Mas de una excursion han hecho los toros vazqueños desde los corrales al campo bravo frances……..

    • Pues si, esta es la parte de la leyenda, porque nadie sabe si realmente estos pelajes vienen del maravilla o no. Lo que si sabemos es la historia del toro de argimiro. Por eso lo titulé : entre historia y leyenda.

      • Hola como comentas la historia es cierta soy pariente de un amigo de Emilio Puerta Moros que aún vive y me contó la historia.
        ¿es posible leer el reportaje original de la revista el Ruedo?
        Me ha costado mucho leer el reportaje por desgracia no se francés y he tenido que traducirlo con el traductor de google.
        Saludos

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