Les aventures curieuses de Cortés, de Flores Albarran

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Sur les hauteurs de l’immense Sierra de Andujar, à quelques encablures du Sanctuaire de la Virgen de la Cabeza, repose dans l’oubli la propriété des héritiers de Flores Albarrán. Perdue au milieu de champs que le soleil de juin a séchés en quelques jours, la blanche bâtisse, qui fut jadis le foyer d’interminables conversations taurines, patiente sans que le moindre cliquetis de clés ne vienne perturber le silence qui l’enveloppe. Depuis le décès de l’oncle des actuels propriétaires de l’élevage, Daniel Flores Albarran, personne ne vit à la Medianeria. Les volets verts ne s’ouvrent qu’à de rares occasions, lorsque des visiteurs français, par exemple, viennent perturber le quotidien de la Medianeria pour y consulter ce qui constitue l’un des trésors d’un élevage aujourd’hui en période de transition. En effet, les quelques 200 vaches de ventre de la ganaderia ont été couvertes durant plusieurs années par un charolais afin d’attendre que n’adviennent des temps meilleurs. Depuis quelques mois, les reproducteurs braves ont repris le chemin des enclos dans lesquels paissent les vaches issues du croisement Santa Coloma via Buendia – Samuel Flores.

Pedro Luis Flores, héritier des Flores Albarran et propriétaire de l'élevage

Pedro Luis Flores, héritier des Flores Albarran et propriétaire de l’élevage

Dans ses modestes et sombres salons, la bâtisse abandonnée conserve secrètement depuis bientôt cent ans les livres originels de l’élevage dans lesquels sont répertoriés avec un soin tout à fait extraordinaire tous les animaux qui naquirent et vécurent là, dans les vastes prairies de l’immense propriété. Si chacun peut avoir une idée du format des livres des ganaderos anciens, personne ne peut imaginer ce à quoi ressemblent ceux rédigés par Pedro et par Fernando Flores Albarran, fondateurs de l’élevage du même nom. Une écriture délicate et merveilleusement soignée, accompagnée d’un curieux jeu de couleurs, permit aux Flores Albarran de conserver une trace écrite de l’histoire de leur élevage. Si la composition des livres et la calligraphie surprennent, le livre contenant la reseña de chacun des animaux lidiés ne cesse de surprendre de par la qualité des récits qui y sont rédigés. Précis et méthodiques, ils possèdent une évidente littérarité, faisant d’eux d’exceptionnels et surprenants objets.

Lorsque l’on explore le merveilleux ouvrage, on découvre un étonnant récit. Celui du taureau Cortés-87, fils d’une vache achetée par les Flores Albarran âgée de quatre ans à l’éleveur d’Albacete Valentin Flores Navarro, un animal brave qui, semble-t-il, fit preuve de courtoisie certaine. Peut-être était-ce dû à son nom… Ouvrons le livre à la page 591 et découvrons l’étonnant récit :

Le livre répertoriant les mâles de Flores Albarran

Le livre répertoriant les mâles de Flores Albarran

591. 87. Cortés. Negro Meano : né le 13 janvier 1933 [Il cherche à se réfugier]. Il semble être un novillo « moyen ». Note. Novillo B.

Lorsque le glorieux Mouvement National éclata, notre région eut le malheur de tomber aux mains des républicains jusqu’à la libération de mars 1939. Durant cette période notre ganaderia subit de nombreuses pertes, les taureaux étant parfois sacrifiés sur le champ, tués d’un coup de fusil dans les enclos de Medianeria ou bien réquisitionnés pour participer à des corridas organisées par les républicains. Cortés devait participer à l’une d’entre-elles, laquelle devait avoir lieu en octobre 1936 dans les arènes de Linares. Pour je ne sais quelle raison, le spectacle fut annulé et reporté au dimanche suivant. Durant ce laps de temps, un milicien qui soignait les taureaux dans les corrales des arènes obtint la confiance de Cortés. Sa noblesse fut telle que Cortés se laissa approcher et toucher, en premier lieu par le milicien, puis par tous ceux qui accédaient aux corrales.

Les aventures de Cortés, dans le livre des Flores Albarran

Les aventures de Cortés, dans le livre des Flores Albarran

Le jour de la corrida arriva, il entra en piste, chargeant tête baissée, avec classe et bravoure, et il parvint jusqu’aux planches avec fougue. A la suite de cela le milicien fit à son tour son entrée en piste et le taureau, le reconnaissant, le laissa le caresser. Observant cela, le public lui pardonna la vie et il rentra vivant aux corrales. Au cours d’un autre spectacle le milicien, tenant de la main une des cornes de l’animal, le conduisit jusqu’au centre de la piste sous les yeux stupéfaits des spectateurs. Là encore, il chargea sur tout ce qui vint le provoquer, sans jamais s’attaquer à son protecteur qu’il respecta fidèlement. Alors, on le ramena à Medianeria. S’il ne se laissait pas approcher au tout début, il finit par prendre confiance et les premiers qui parvinrent à le caresser furent Daniel Flores et Isidore Millan. Dès lors, quiconque essaya de s’en approcher put le caresser tranquillement sans qu’il ne fît le moindre mouvement étrange. Lorsque nous l’avons conduit à l’abattoir de Cordoue, il pénétra inopinément dans le jardin d’un paysan de Villa del Rio où il tua un âne pour lequel il fallut débourser 7 500 pesetas. Le mayoral Diego Exposito arriva à l’enfermer avec quelques vaches et on le tua là. Juan Antonio dut se rendre sur place pour régler le problème car sur place il y eut quelques disputes. 12 septembre 1944. »            

Cortés et le milicien

Cortés et le milicien      

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