Le soleil de la Belugue s’en est allé

 

Le soleil se couche sur la Bélugue

Le soleil se couche sur la Bélugue

    Lundi dernier, le soleil de La Belugue, chère à la famille Yonnet depuis la fin de la seconde guerre mondiale, s’en est allé. Il a laissé ses pâturages marécageux orphelins, plongés dans une obscurité gonflée de tristesse et de mélancolie. Hubert Yonnet a parcouru une dernière fois le chemin imaginaire qui longe les enclos des mâles pour rejoindre les cieux.

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    Avec la regrettable disparition d’Hubert Yonnet, c’est toute une page de l’histoire d’une Camargue attachée à ses traditions qui se tourne. Nous avons souligné à plusieurs reprises ici la brillante carrière taurine que ce dernier mena, tant à la direction des arènes d’Arles, comme à la tête de l’élevage familial. Apoderado de plusieurs matadors français, il géra par exemple les carrières de Denis Loré et de Stéphane Fernandez Meca, Hubert Yonnet s’est aussi impliqué durant de longues années dans la préservation des traditions camarguaises en représentant par exemple la Confrérie des gardians de Camargue. Néanmoins, l’histoire a jusqu’à aujourd’hui omis le quotidien d’un homme tout aussi bon que discret. Bien heureusement, un talentueux photographe provençal du début du XXe siècle s’est intéressé aux traditions de Camargue et il nous a livré de formidables documents iconographiques qui nous permettent aujourd’hui de mieux imaginer ce que fut la vie d’un homme attaché à sa terre, à son identité et à son héritage familial. Les photographies de Carle Naudot viendront ici illustrer cet hommage que nous rendons à Hubert Yonnet.

Hubert Yonnet. Photographie de Carle Naudot.

Hubert Yonnet. Photographie de Carle Naudot.

    Une chaude après-midi de Juin, il y a aujourd’hui deux ans, j’avais eu la chance de partager une longue conversation avec Hubert Yonnet. Entre les épais murs de pierre calcaire de la bâtisse, sur les terres de La Belugue, à l’abri des chaleurs que l’été répand sur les sansouïres desséchés, Hubert avait parcouru près de 80 années de vie et il m’avait livré un témoignage poignant publié dans le numéro 17 des Cuadernos de Tauromaquia.

Joseph Yonnet, grand-père d'Hubert

Joseph Yonnet, grand-père d’Hubert

  Assis dans un fauteuil bas, Hubert Yonnet s’était livré lentement et il m’avait offert un récit de sa jeunesse que je n’oublierai jamais. « La famille Yonnet, m’avait-il expliqué, était originaire de Bretagne. Quand, aux alentours de 1850, mes aïeux prirent la décision de migrer vers le sud de la France, ils s’arrêtèrent non loin de Valence où ils résidèrent quelques temps. Puis il se dirigèrent en Crau, au pied des Alpilles. Là, ils vécurent à quelques pas du mas d’Icard, qui appartenait alors au Comte Saint Clair de Laborde-Caumont. Ils travaillèrent la terre, car à cette époque des parcelles de terre étaient confiées aux paysans pour qu’elles fussent cultivées. C’était donc tout une grande famille qui s’était installée en Provence, comprenant hommes, femmes et enfants. On m’a toujours raconté que les hommes travaillaient aux champs et que tous les enfants attendaient sur une table en bois, jusqu’à ce que leurs pères rentrent du labeur. Une femme les surveillait et leur donnait la tétée. A cette époque, il se disait que le premier qui pleurait était toujours le premier à téter ».

Hubert Yonnet, au centre, jouant avec Jacques Espelly et Marcel Mailhan.

Hubert Yonnet, au centre, jouant avec Jacques Espelly et Marcel Mailhan. Photographie de Carles Naudot.

Vaches croisées de Yonnet au Mas de l'Esquimau. Photographie de Carles Naudot.

Vaches croisées de Yonnet au Mas de l’Esquinau. Photographie de Carles Naudot.

    La famille Yonnet occupait une bâtisse adossée à la propriété sur laquelle paissait la manade de Laborde-Caumont. De cette proximité avec la manade voisine dans laquelle il travaillait comme vacher surgit la passion que Joseph Yonnet, grand-père d’Hubert, éprouva pour le taureau. En 1859, Joseph prit la décision d’acquérir le cheptel de Laborde-Caumont et, avec sa famille, il installa l’élevage de l’autre côté du Rhône, au mas de l’Esquinau. Là, Joseph Yonnet réalisa ses premiers croisements avec le bétail espagnol, et plus précisément avec des vaches navarraises rescapées des spectacles taurins célébrés dans les arènes de Nîmes qu’il fit couvrir par un taureau de race Camargue : on retrouve d’ailleurs une photographie prise par Carle Naudot sur laquelle apparaît un taureau camarguais couvrant des vaches navarraises. S’il est impossible d’identifier avec certitude la manade en question, il est intéressant de vérifier quel fut le processus de croisement suivi par éleveurs de taureaux en Camargue durant la deuxième moitié du XIXe siècle. A la mort de Joseph Yonnet, ses deux fils Christophe (père d’Hubert) et Valentin prirent en charge la destinée de l’élevage familial.

Taureau camarguais couvrant des vaches braves en Camargue. Photographie de Carles Naudot.

Taureau camarguais couvrant des vaches braves en Camargue. Photographie de Carles Naudot.

Bétail croisé de Yonnet au Mas de l'Esquinau. Photographie de Carles Naudot.

Bétail croisé de Yonnet au Mas de l’Esquinau. Photographie de Carles Naudot.

    Le salon de la Belugue, plongé dans l’obscurité naissante de la nuit, est le théâtre de confidences intimes, celles d’un homme sensible et passionné, qui vécut au-travers et pour le taureau durant toute sa vie. Hubert Yonnet poursuit le récit de ses mémoires :

Hubert Yonnet réalisant les faenas de campo à l'Esquinau. Photographie de Carles Naudot.

Hubert Yonnet réalisant les faenas de campo à l’Esquinau. Photographie de Carles Naudot.

  « Durant la seconde guerre mondiale, tous les éleveurs avaient réuni leurs taureaux dans le bois des Rièges, situé non loin de l’étang du Vaccarès. Un chemin de terre traversait l’étang et il permettait l’accès à cet espace protégé et isolé dans lequel cohabitèrent des animaux de pure race Camargue, des animaux croisés et des taureaux de caste. Evidemment, les croisements qui s’opérèrent là-bas ne furent pas contrôlés et, quand les manadiers récupérèrent leurs animaux, on ne sut jamais ce qui s’était réellement passé sur cette terre de paix. Les taureaux croisés se disséminèrent alors dans de nombreuses manades de la région. Durant la guerre, les allemands nous tuèrent plus de cent têtes de bétail. Je me souviens du jour où j’ai obtenu le certificat d’études : j’avais alors quinze ans. Ce jour là, les allemands entrèrent en Arles. Ils envahissaient en 1942 la zone libre, en réponse au débarquement des alliés en Afrique. Ce jour-là, après m’avoir récupéré au centre où je venais de passer l’examen du certificat d’études, mon père ne me conduisit pas à la maison. Nous sommes allés ensemble au Mas de l’Esquinau, terres sur lesquelles paissaient les taureaux camarguais et croisés de notre manade. Là, au beau milieu des champs, il me dit que j’allais désormais me consacrer à la gestion de l’élevage. Il ajouta que, dorénavant, il ne me parlerait plus en français. Le provençal serait, jusqu’à la fin de ses jours, notre langue. Quand je l’ai entendu parler français, je compris que l’heure de l’adieu était arrivée ».

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    Encore adolescent, Hubert Yonnet se voyait confier la responsabilité d’un élevage aujourd’hui considéré par tous les aficionados français comme étant emblématique. Durant plus de soixante-dix ans, Hubert sut adapter son élevage aux exigences du public : il y parvint avec succès et la ganadería acquit un indéniable prestige. L’aficion française n’oubliera jamais la discrétion, l’humilité et l’héritage laissé par l’homme attachant qui, lundi, nous a quittés.

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Giraud : pasión y tradición

Utrero de la ganaderia Giraud

Jacques Giraud, apartando un utrero.

Jacques Giraud, apartando un utrero.

      En pleno corazón de la Camarga francesa, se halla una joven ganadería brava, propiedad de Jacques Giraud. Desde 1991, los toros de la familia Giraud pastan al sur de Arles, a orilla del imponente río Ródano que une Lyon al Mediterráneo, en la llanura de los campos que rodean una antigua y llamativa masía edificada durante el siglo XIV y llamada La torre del Cazeau. Propiedad de la familia desde la mitad del siglo XX, la preciosa finca es hoy en día un lugar muy singular dentro de las dehesas francesas dedicadas a la crianza del toro bravo : en ella se vive la afición al toro y al caballo respetando las tradiciones camperas. Enamorado del toro y de la doma vaquera, Jacques Giraud no concibe realizar las labores de campo sin montar a caballo, vestido de traje corto, como mandan las tradiciones andaluzas. Para él, si la crianza del toro bravo es como un « hobby », el respeto de las tradiciones camperas le permite ante todo disfrutar de su afición y vivirla con humildad y con la máxima intensidad.

Acosando al anochecer

Acosando al anochecer

        En un marco incomparable, Jacques Giraud y su esposa crían sus toros bravos. No viven exclusivamente de la ganadería. Sus actividades anexas les permiten mantener un proyecto ideado hace un cuarto de siglo : el cultivo de un arroz biológico de excelente calidad, el turismo rural, la crianza y doma de caballos cruzados, y la organización de fiestas privadas, de practicas de acoso y derribo o de fiestas camperas son las actividades en torno a las que se organiza la vida en La Torre del Cazeau.

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El semental Gonzalito-42 y el ganadero. (Fuente : La provence)

El semental Gonzalito-42 y el ganadero. (Fuente : La provence)

    El proyecto ganadero de la familia Giraud nace a principios de la década de los 90 cuando se compran dos lotes de vacas de diversas procedencias : siete vacas marcadas con el hierro de Colombeau, dueño de una vacada situada a proximidad de la Torre de Cazeau, y otras siete hembras adquiridas a la familia Blohorn. Al principio de la humilde aventura ganadera que se propuso vivir la familia Giraud, un toro de Roland Durand, de ascendencia Núñez, entró en los prados de la Torre de Cazeau para cubrir las vacas. Durante una década, Jacques Giraud se empeñó en construir y mejorar la simiente de la ganadería seleccionando con rigor el núcleo reproductor. Entre los animales fundacionales, se halla el semental « Gonzalito-42 », marcado con el hierro de Roland Durand e indultado en Garlin el 30 de julio de 1988 por Sergio Sanchez, que participó en este proceso creación de la ganadería. Jacques considera que al cabo de este cuarto de siglo de selección ha conseguido estabilizar el tipo morfológico y comportamental de los toros que cría, a pesar de la heterogeneidad de la que nace la vacada.

Utrero de Giraud

Utrero de Giraud

Julien Lescarret, dando una vuelta al ruedo después de cortar una oreja a un novillo de Giraud en Arles

Julien Lescarret, dando una vuelta al ruedo después de cortar una oreja a un novillo de Giraud en Arles

    Desde entonces, la ganadería de la familia Giraud ha subido escalones : en 1995, presenta sus primeros productos en las localidades de Vergeze el 25 de marzo, de Saint Gilles el 2 de abril, en Marsillargues a finales del mes de abril y en Vauvert en mayo. La presentación oficial de los animales herrados con el hierro de Giraud se celebra en Mauguio el 27 de mayo de ese mismo año. Al año siguiente, para las festividades de la Romeria organizadas en la ciudad de Mauguio, los erales de la Torre de Cazeau permiten el triunfo de André Martinez (oreja), del actual banderillero Morenito de Arles (oreja y oreja) y del novillero Diamante Negro (dos orejas). En agosto de 1998, Jacques Giraud presenta por primera vez sus erales en una plaza de primera categoría : el ruedo del anfiteatro de Arles veía a un joven novillero galo llamado Julien Lescarret triunfar con un buen becerro de Giraud, obteniendo un merecido trofeo.

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      Durante estos años de consolidación de la vacada, Jacques Giraud lidió principalmente en novilladas sin picadores, en festivales y a puerta cerrada. En 2004, destacaron los erales lidiados en Gimeaux durante un festival de fin de temporada, uno de ellos estoqueado por el nimeño Camille Juan sobresalió. La temporada siguiente estuvo marcada por el indulto de un novillo en la singular y rústica plaza de Gimeaux, herrado con el numero 320.

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      Desde 2004, Jacques Giraud ha introducido un toro de Jimenez Pasquau, de nombre « Sabio ». Viene cubriendo un lote de vacas desde entonces, separado del otro lote procedente la base genética inicial. De las vacas con las que la familia Giraud empezó su aventura ganadera, se aprobó en 2005 un toro, llamado « Gamito ». Un total de ochenta hembras y estos dos sementales conforman el nucleo reproductor de la vacada.

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      Los últimos años han sido especiales para Jacques y su familia. Consigue un importante triunfo en agosto del 2011 en la plaza de toros de Maubourguet : dos de los novillos lidiados reciben el honor de la vuelta al ruedo póstuma. Ese éxito permitió dar un paso más en la corta historia de la ganadería en 2013, debutando con una novillada picada en el suroeste : varios hermanos de los erales premiados con la vuelta al ruedo en Maubourguet pisaron el albero de la plaza de Aire sur l’adour.

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Serio eral de la ganaderia

      Para la temporada 2014, Jacques Giraud tiene preparados una decena de serios utreros y erales que presentamos a continuación. En ellos están depositadas todas las esperanzas de una familia apasionada por el toro bravo y fiel a las tradiciones camperas. Esperemos que les den satisfacciones en los ruedos, como recompensa a la afición y al empeño puestos en este bonito proyecto.

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