Les larmes desséchées des Nuñez

La Tapatana

La Tapatana

Cortijo de Los Derramaderos

Cortijo de Los Derramaderos

     En septembre dernier, je m’arrêtais un matin non loin de Barbate, au bord de la route Nationale 340 qui conduit de Tarifa à Vejer de la Frontera. Je venais de passer quelques heures en compagnie de Don Carlos Nuñez, dans sa propriété de la Tapatana. Si aujourd’hui les Nuñez porteurs du fer de Carlos Nuñez paissent sur les terres de la Tapatana, propriété récemment édifiée par Don Carlos Nuñez Dujat des Allimes, c’est bien sur celles de Los Derramaderos que la ganaderia connut ses heures de gloires.

     Aujourd’hui en ruine, le cortijo semble être abandonné aux proies du temps et au gré du vent qui parcourt à vive allure les plaines gaditanes. Les glycines grimpent en silence sur les murs dont la peinture blanche s’est écaillée depuis bien longtemps. Les fenêtres, dont certaines laissent filer le silence obscur qui occupe l’intérieur de la bâtisse, portent les stigmates d’une lente décadence. Depuis les années 1990, lorsque Carlos Nuñez Moreno de Guerra céda à ses fils les rênes de l’élevage, l’exigence de la part du public d’un taureau imposant a fait sombrer l’élevage emblématique et ses ramifications dans un abîme sans que celui-ci ne parvienne à refaire surface.

Cortijo de Los Derramaderos sous un soleil de plomb

Cortijo de Los Derramaderos sous un soleil de plomb

Le dernier souffle de Los Derramaderos

    En contre-bas de la route nationale, sur un terrain vague errent plusieurs mâles comme s’ils s’étaient perdus en terres inconnues. Quelques cuatreños, une majorité de novillos et une quinzaine d’erales attendent blottis contre les maigres troncs qui résistent encore sur ces plaines desséchées par le soleil estival. Depuis le décès de Luis Nuñez Moreno de Guerra et de son fils, derniers propriétaires de l’élevage, le 31 Mai dernier lors d’un accident de la route, le temps semble s’être arrêté. Seul le bruit des moteurs des voitures qui longent la propriété vient perturber le calme chargé de deuil.

Vestiges d'une gloire tombée dans l'oubli

Vestiges d’une gloire tombée dans l’oubli

L’élevage avait déjà vendu il y a une dizaine d’années la moitié du troupeau aux frères Roumanille. Ces derniers avaient importé en France le bétail porteur du fer en forme de R de Manuel Rincon, témoin d’un passé prestigieux. Après avoir passé plusieurs mois sur le sol français, les Gérard et Pascal Roumanille se voyaient obligés de conduire la totalité du troupeau à l’abattoir à cause d’une épidémie de tuberculose. Disparaissait de la sorte, en silence, la moitié de la richesse génétique de la souche mère des Nuñez.

Taureaux de Los Derramaderos chez les frères Roumanille. Jour de neige.

Taureaux de Los Derramaderos chez les frères Roumanille. Jour de neige.

Finca gaditane sur laquelle le sang Nuñez coula depuis 1942

Finca gaditane sur laquelle le sang Nuñez coula depuis 1942

Fer et devise de Los Derramaderos

Fer et devise de Los Derramaderos

    Il y a de cela quelques semaines, les derniers mâles et les femelles porteuses du fer de Los Derramaderos ont pris le chemin de Segovia où ils ont rejoint le bétail du Marquis de Quintanar qui a acheté la totalité de l’élevage gaditan, concluant de la sorte une partie de l’histoire des Nuñez. Les 560 bêtes seront désormais élevées par Don Alfonso Gallego, dont le fer est inscrit à l’Agrupación Española de Ganaderos de reses Bravas. Si la nouvelle marque la fin d’un ère prestigieuse, elle laisse espérer un lent sauvetage de l’élevage, si la crise économique et les contraintes sanitaires n’en finissent pas avec ce bétail emblématique.

Campo

Campo

Semental de Los Derramaderos

Semental de Los Derramaderos