Notes de campo II : La brise prémonitoire

La brise prémonitoire

Dimanche 5 Février

Sérieux d'un taureau d'El Ventorillo pour Bilbao

        Robledo de los Osillos se réveille taillée par une brise qui semble venir du pôle nord. L’ambiance est grise, le campo obscur. Dans l’immense salon orné par des centaines de trophées de chasse que le propriétaire des lieux, D. Fidel San Roman, expose fièrement, son

bras droit, Juan Carlos Carreño supervise avec sereinement les labeurs du champ. Il organise la visite, marque le tempo et axe celle-ci en fonction de mes attentes. Vous l’aurez compris, c’est autour des Ventorillos de Toledo que j’ai décidé de réaliser un ensemble de reportages que je présenterai dans les prochaines semaines.

        Dans la finca achetée par Fidel San Roman, riche constructeur, à Paco Medina dont nous avons parlé avant-hier, attendent les taureaux qui seront lidiés à Madrid, Bilbao et Séville au cours de la temporada 2012. Après avoir lidié le taureau le plus brave de la féria de San Isidro (Cervato, tué par Alejandro Talavante), El Ventorillo s’apprête à vivre une temporada cruciale. Ce grand succès marque-t-il le début d’une gloire future ou bien Cervato était-il un taureau unique, en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt. Le sérieux de la tête de la camada marque, sans aucun doute, un tournant dans l’histoire de l’élevage. Fidel San Roman et son conseiller, Juan Carlos Carreño, semblent opter pour la croissance de la morphologie du taureau de Ventorillo ce qui aura, à n’en pas douter non plus, des conséquences sur le comportement des exemplaires porteurs du F couronné.

La bruja de San Blas  

Leandro Marcos à Valdemorillo

               L’après-midi, Valdemorillo accueille trois toreros talentueux, trois jeunes vétérans dont le style ne saurait passer inaperçu. De fait, nombre de madrilènes ont fait le déplacement pour voir un trio intéressant : Ivan Vicente ouvre le cartel, accompagné de Leandro, que nous découvrirons en profondeur ce jeudi sur ce même site et Morenito de Aranda. Les taureaux de la ganaderia segoviana d’Antonio San Román sont imposants pour une arène de troisième catégorie, forts et bien armés. Tous âgés de cinq ans, ils ont couru l’encierro à 9h du matin. Ceci explique le fait que la totalité des taureaux chercha, tôt ou tard, à se réfugier au niveau des planches du patio de cuadrilla par lequel ils pénétrèrent dans les arènes le matin même.

Tous trop bruts de corps, trop profonds et trop peu fins pour des taureaux d’origine Torrestrella, ils ne donnèrent aucune possibilité de triomphe, si ce n’est le dernier animal qui permit à Morenito de Aranda de tracer quelques muletazostels des traits de pinceau sur une toile. Tous eurent un comportement tout aussi étrange que déroutant, totalement désordonné et illogique. Il aurait été intéressant de réaliser des examens post-mosterms à ces taureaux qui semèrent souvent la confusion parmi les cuadrillas.

Ivan Vicente face au premier San Roman

Sur un dernier air glacial, chargé de flocons fondus provenant des montagnes de Ségovie, le président de la course voulut s’ériger en protagoniste en négligeant une pétition légitime qui tendait à vouloir primer un torero humble : Morenito de Aranda.

Leandro et le second Antonio San Roman